La vie de l'ESA

Article dans Réflexions et pensées sur le monde contemporain

Les conséquences de la multipolarité dans les relations internationales

La deuxième décennie du XXIème marque incontestablement la fin d’une mondialisation que l’on aurait pu penser « unipolaire ». De grandes nations comme la Chine ou la Russie ont eu la volonté ferme de s’imposer sur la scène internationale et de redéfinir les règles de la globalisation. Or, la « multipolarité » est nécessairement source de tensions.

Est-ce pour autant que le monde est plus dangereux qu’il ne l’a jamais été dans l’histoire ? Et quelles conséquences ce nouveau cours donné à la mondialisation va avoir sur les pratiques diplomatiques et les relations internationales ?

C’est à ces questions que répond cette interview, parue dans le numéro 2314 de l’hebdomadaire « Le Point », de Pierre Grosser, historien, professeur à Sciences Po, et auteur de l’ouvrage intitulé « Traiter avec le diable ? Les vrais enjeux de la diplomatie au XXIème siècle », paru aux editions Odile Jacob.

De « l’ordre mondial 1.0 » vers « l’ordre mondial 2.0 » ?

Le passage de l’Ancien Régime à la période des Lumières s’est caractérisé par l’instauration de relations diplomatiques non plus entre royaumes plus ou moins unifiés autour d’un monarque, mais entre Etats-Nations.

C’est ensuite les relations entre Etats-Nations qui ont contribué à façonner ce que l’ex-conseiller de George W. Bush et l’actuel Président du Council on Foreign Relations, Richard Haass, appelle, dans son interview présentée ci-dessous, l’ « ordre mondial 1.0 ». Dans ce type de relations diplomatiques, l’un des principes fondamentaux du droit international est celui de la « souveraineté des nations ». Ce principe implique que les « Etats doivent se respecter et ne pas essayer d’interférer militairement dans les affaires intérieures d’un autre pays. Ce qui se passe à l’intérieur d’un Etat, c’est, dans l’ensemble, son affaire. ».

Or, c’est justement ce principe de souveraineté nationale que conteste directement ici Richard Haass, car, selon lui « cette idée n’est plus compatible avec la mondialisation », car « [ce] qui se passe dans un pays a des implications ailleurs. ». Cette vision va clairement à l’encontre d’une conception « multipolaire » de la mondialisation, car, pour reprendre les mots de Joschka Fischer (ex-Ministre des Affaires étrangères allemand de 1998 à 2005), le « nationalisme est une réponse aux problèmes du XIXème siècle, pas à ceux du XXIème siècle : il ne permet de traiter ni la digitalisation, ni le changement climatique, ni la question de la sécurité mondiale sur une planète qui compte déjà 7 milliards d’habitants et en comptera bientôt 9 ». Ainsi Richard Haass plaide pour la substitution du « principe de souveraineté nationale » par celui du « principe d’obligation souveraine ».

Cette vision des choses constitue-t-elle pour autant une adhésion à une représentation « unipolaire » de la mondialisation ? Non, si l’élaboration et l’application du droit international résulte d’un consensus entre les nations (comme ce fut le cas pour l’accord de Paris sur le réchauffement climatique). Oui, si l’élaboration des règles internationales se fait sous l’égide d’une Nation ou d’un bloc de Nations particuliers.

Or, lorsque le journaliste du Point demande à Richard Haass : « Comment agir avec la Russie et la Chine ? », ce dernier répond : « Le mieux, c’est avoir une politique d’intégration qui cherche à les impliquer dans l’ordre régional et mondial, à la fois en leur donnant un rôle… et en étant clair sur le fait qu’ils paieront un prix s’ils poursuivent une politique que les Etats-Unis et leurs alliés jugent contraire au droit ». Le paradoxe de la réponse réside dans le fait que, tout en niant le principe de souveraineté nationale, Richard Haass plaide clairement pour un « ordre mondial 2.0 » défini et conduit par des Etats-Nations particuliers…

Vous trouverez donc ici une interview de Richard Haass, ex-conseiller de George W. Bush et actuel Président du Council on Foreign Relations, interview publiée dans le numéro 2314 du magazine « Le Point », et dans laquelle il décrit et analyse les obstacles se dressant sur la voie permettant le passage de « l’ordre mondial 1.0 » vers « l’ordre mondial 2.0 ».

Les nouveaux rapports de force internationaux vus de l’Allemagne

L’année 2016 a connu plusieurs événements marquants au niveau des relations internationales : le Brexit et l’arrivée au pouvoir de Donald Trump sont les deux faits qui laissent présager un net changement dans l’ordre mondial. Le Brexit pourrait apparaître comme le début d’un délitement de l’Union Européenne (l’élection présidentielle française de 2017 nous dira si ce délitement s’accentuera ou non), tandis que l’arrivée au pouvoir de Donald Trump (plus, à l’heure de son accession au pouvoir, homme d’affaires que dirigeant politique) pourrait marquer le début d’un retrait des Etats-Unis de la scène internationale.

Enfin, si l’on remonte quelques années en arrière, l’entrée de la Chine dans une période de fléchissement de sa croissance, l’instabilité du Proche et Moyen-Orient (déclenchée notamment par les révolutions du Printemps Arabe et l’éclatement du conflit syrien) et enfin le début de la guerre en Ukraine, sont des phénomènes / des événements qui ont fortement contribué à rebattre les cartes des rapports de force internationaux.

Dans cette interview, parue dans le numéro 2314 de l’hebdomadaire « Le Point », Joschka Fischer, Ministre des Affaires Etrangères allemand et ancien dirigeant des Verts, livre son analyse sur les conséquences que les différents événements de la première moitié des années 2010 vont avoir sur le nouveaux rapports de forces internationaux.

La vision russe de la géopolitique du XXIème siècle

A l’époque des Lumières et des révolutions qui ont conduit à la chute de l’Ancien Régime, le centre de gravité des relations internationales était en Europe : l’Angleterre, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne… menaient le « bal des Nations ».

La Première Guerre Mondiale a, au début du XXème siècle, rebattu les cartes de la diplomatie mondiale, en permettant aux Etats-Unis de se hisser au premier plan de la scène internationale. Puis, à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, le monde s’est vu scindé en deux blocs : le bloc de l’Ouest, d’une part, sous l’égide des USA, le bloc de l’Est, d’autre part, sous l’égide de l’URSS. Le monde qui a émergé de la Seconde Guerre Mondiale était un monde nettement bipolaire.

Une césure est advenue dans les 1990, après la chute du Mur de Berlin, événement historique ayant marqué la chute de l’Union Soviétique et du « Bloc Communiste ». Pendant toute la décennie des années 1990, débuta le phénomène auquel l’on a donné le nom de « mondialisation » : or, la première phase de la mondialisation ayant été menée sous l’impulsion des Etats-Unis d’Amérique, l’internationalisation des échanges a eu tendance à faire émerger un monde pouvant être qualifié d’ « unipolaire ».

Or, aujourd’hui, plusieurs Etats-Nations semblent remettre en question la mondialisation instaurée par la Pax Americana.

Vous trouverez ici l’extrait d’un discours prononcé par Vladimir Poutine le 4 décembre 2014 au Kremlin, et publié dans Le Point du 12 janvier 2017. Ce discours prononcé devant les parlementaires de la Douma est en quelque sorte une synthèse de la vision russe de la géopolitique du XXIème siècle, tant le destin de ce pays est lié actuellement à celui de son Président.

Les (lourdes) menaces de la numérisation de la santé

Le numérique s’est introduit partout dans la société moderne. Il touche tous les secteurs, même la santé, dans lequel il initie un changement profond de paradigme, mais quand est-il de l’éthique ?

Le sujet est difficile à appréhender tant les attentes et les questions soulevées sont abondantes, délicates et surtout complexes. Pour autant, nous ne pouvons plus ignorer les effets du numérique sur notre santé, qui aboutissent à une transformation multidimensionnelle de notre société.

En effet, l’essor du numérique impulse une nouvelle gestion de la santé humaine, se traduisant par une mutation profonde du système actuel. Nous assistons à une profusion d’innovations en santé qui inonde notre quotidien et se développe à un rythme accéléré, repoussant sans cesse ses limites, principalement avec l’explosion des objets connectés et applications mobiles, qui proposent de nouveaux services. Les chiffres sont non-équivoques : le marché mondial de la santé numérique est estimé à 18 milliards d’euros, comprenant 15 milliards d’objets connectés et plus de 250 000 applications mobiles. Une boutique comme Apple store compte 500 nouvelles applications santé chaque mois.

Les acteurs de l’économie collaborative

L’un des préjugés récurrents concernant l’économie collaborative consiste à affirmer que ce mouvement est principalement porté par des acteurs, individuels et collectifs, mus par des valeurs basées sur la solidarité et le partage ; autrement dit, que la pratique et le développement de la « nouvelle économie » sont des actes militants, avant d’être des réponses concrètes apportées par la société civile aux problèmes générés par la crise économique.

Or, l’étude effectuée en 2015 par OuiSahre, présentée succinctement dans cet article publié dans l’Argus de l’Assurance le 21 août 2015, et téléchargeable tout à la fin de cette page, va à l’encontre de ce cliché, et démontre que les acteurs de l’économie collaborative (qu’il s’agisse des fournisseurs de biens et/ou de services ou des usagers de ces biens et/ou services) sont avant tout mus par des mobiles d’ordre pragmatique.

Cette « découverte », rendue possible par des études « de terrain », conduit les spécialistes de l’ « économie collaborative » à scinder cette nouvelle discipline en deux branches, à savoir une branche « marchande » et une branche « non-marchande », la première rassemblant ceux qui se lancent sur ce nouveau créneau car ils y voient une opportunité d’affaires comme une autre, la deuxième réunissant au contraire des acteurs qui s’engagent sur ce nouveau terrain par conviction, et car ils placent les « valeurs » devant tous les autres mobiles d’action.

Quel est plus précisément le profil des acteurs de l’économie collaborative ? Dans quel mesure ce « portrait-robot » du consommateur collaboratif peut-il nous permettre d’en apprendre plus sur ce mouvement ?

C’est à ces questions que vous pourrez répondre en découvrant non seulement l’article ci-dessous, mais aussi et surtout l’intégralité de l’étude OuiShare, téléchargeable à la fin de cet article.

L’économie collaborative, un passage de la propriété à l’usage ?

L’économie collaborative est définie par certains économistes comme l’ère du passage de la propriété à l’usage.

En effet, depuis l’époque des Lumières, sous l’influence de penseurs libéraux comme John Locke, Adam Smith ou encore David Ricardo, l’idée selon laquelle l’accès à la propriété était à la fois le moteur des échanges sur les marchés, et l’une des conditions d’accès au bonheur (sinon le sens de la vie…), s’est imposée et a fortement influencé la pensée économique occidentale. C’est la raison pour laquelle la première révolution industrielle inaugure l’entrée dans « l’ère de la propriété ».

La recherche de l’accès à tout prix à la propriété est le fondement sur lequel le modèle consumériste s’est bâti et développé. La « société de consommation » est donc directement issue de la pensée libérale qui a fait de l’accès à la propriété le but à la fois de la vie économique et de la vie humaine.

Néanmoins, cette recherche effrénée de l’accès à la propriété n’a pas été sans poser de graves problèmes, surtout économiques et environnementaux : nécessité de maintenir un niveau artificiellement élevé de consommation par tous moyens (obsolescence programmée des objets, changement de normes nécessitant le renouvellement d’un ensemble de produits ou de sous-produits dérivés…), surproduction, gaspillage, pollution, surproduction de déchets, etc.

L’économie collaborative apparaît pour beaucoup comme une remise en question du modèle consumériste basé sur la recherche individuelle et collective de l’accès à la propriété. En effet, cette nouvelle économie se définit comme une « économie de l’usage », privilégiant un accès optimisé – grâce à la mutualisation et au partage – aux biens, aux produits et aux services.

Mutualisés, les biens et services sont ainsi utilisés plus efficacement, tandis que les préoccupations liées à l’instauration d’un mode de développement plus durable engendrent un allongement de la durée de vie des produits. En ce sens, l’économie collaborative apparait comme l’une des réponses possibles aux problèmes sociaux et environnementaux causés par le modèle de développement issu des deuxième et troisième Révolutions Industrielles.

Comment se présente et se développe l’économie collaborative en France ? Et comment les assureurs se positionnent-ils par rapport à ce changement de paradigme ?

C’est en partie à ces questions que répond cet article paru dans L’Argus de l’Assurance le 7 novembre 2014.

Les assureurs et l’économie collaborative

L’économie dite « collaborative » est une économie née des nouvelles pratiques sociales, dont on ne sait pas toujours très bien si elles sont issues d’une volonté collective consciente et assumée de revenir à des valeurs d’entraide et de solidarité dans les échanges, ou bien si elles procèdent d’un souci plus « terre-à-terre » de réaliser des économies.

Quoiqu’il en soit, l’économie collaborative est en train d’entrer dans les usages, à tel point, qu’alors qu’elle était traitée, il y a encore quelques années, comme un « épiphénomène », elle intéresse aujourd’hui au plus haut point les acteurs de l’économie plus traditionnels.

L’économie collaborative, même si elle peut revêtir plusieurs formes, se définit essentiellement comme un échange direct de biens ou de services entre particuliers, la plupart du temps mis en relation par l’intermédiaire d’une plateforme numérique. C’est ainsi que les citoyens peuvent se louer leur voiture, s’échanger leur maison, se prêter de l’argent, mutualiser l’achat d’une perceuse, etc.

Si l’économie en général se fonde, en tant que pratique sociale, sur la confiance, cette notion est encore davantage au cœur de l’économie collaborative : comment en effet prêter ou louer sa voiture à un parfait inconnu, si l’on ne part pas a priori du principe que cette personne sera respectueuse vis-à-vis du bien qu’on lui confie, et qu’elle le restituera indemne, c’est-à-dire dans l’état où l’on le lui a remis ?

Cependant, il peut arriver parfois que, dans un échange « collaboratif », le « capital confiance » ne soit pas au maximum (dans le cas, par exemple, d’une personne acceptant de louer sa voiture à un particulier pour « arrondir ses fins de mois »), ou bien que, même si la confiance était là au départ, un événement imprévisible vienne endommager ou détruire le bien (voiture, maison…), objet d’un échange « peer-to-peer ».

C’est là que l’assurance joue un rôle essentiel dans l’économie collaborative: elle permet de se substituer au « capital confiance » lorsque celui-ci fait défaut, ou bien de donner une garantie matérielle à la manifestation de cette confiance, dans le cas où un dommage affecterait le bien confié à un tiers. L’on peut donc dire que l’assurance est aujourd’hui, dans l’état actuel de la société, à la fois le ciment et le catalyseur de l’économie collaborative.

Quel rapport les assureurs entretiennent-ils avec l’économie collaborative ? Comment contribuent-ils à son implantation dans la société et à son développement ? Comment s’engagent-ils dans cette nouvelle pratique ?

C’est à ces questions que répond cet article de Philippe Jacqué, article paru dans le numéro du 23 avril 2015 du quotidien Le Monde, et analysant les rapports entre les assureurs et l’économie collaborative.

Le modèle « low cost », un pas vers plus de liberté ou un retour au servage ?

L’arrivée, dans les années 2000, de compagnies aériennes proposant des billets d’avion très bon marché comparativement à ceux proposés par les sociétés de transport aérien traditionnelles a donné lieu à l’émergence d’un nouveau modèle d’entreprise. Tirant son nom des prestations à bas prix (« low cost », en anglais) proposées aux consommateurs, ce modèle s’est effectivement très rapidement fait qualifier de « low cost ».

L’écart de prix drastique qui a pu être constaté entre les prestations fournies par ces entreprises du XXIème siècle et celles délivrées par leurs concurrentes, n’a été possible qu’au prix, sinon d’une refonte complète, du moins d’une remise en question en profondeur des business models classiques des sociétés. Cette « remise à plat » drastique des schémas traditionnels est allée de pair, dans le secteur du transport aérien, avec une « chasse au coût », dont les principales « victimes » ont été tout d’abord le personnel volant, et plus particulièrement les pilotes (dont le niveau de salaire était d’ailleurs, surtout dans certaines compagnies, sans doute un peu surévalué…), puis tous les salariés de l’entreprise. A cela s’est ajoutée l’entrée, depuis quelques années, dans l’ère de la digitalisation, voyant l’automatisation de tâches qui, jusqu’à récemment, étaient encore exécutées par du personnel humain, qualifié ou non.

La « puissance de frappe » que ces nouvelles sociétés aériennes – la plupart d’origine anglo-saxonne, et dont les plus célèbres ont pour nom « Ryanair » ou « Easyjet » – ont acquise par ce nouveau mode de management salarial, a été absolument colossale.

En effet, par les prix ultra-attractifs qu’elles proposaient aux consommateurs (qui pouvaient voir le prix de leur billet d’avion divisé par 10 par rapport à une compagnie aérienne traditionnelle), elles ont peu à peu capté de plus en plus grandes parts de marché, avant de rebattre totalement les cartes de ce même marché, en imposant à leurs concurrents solidement implantés dans leur secteur depuis des années, voire des décennies, les règles qu’elles avaient elles-mêmes édictées. C’est ainsi que des compagnies comme Air France, où un « esprit aristocrate » a toujours régné (surtout au sein des pilotes), se voient aujourd’hui contraintes, sous peine de mort économique, de tenter de revoir drastiquement leurs méthodes de management, et donc leur culture.

Mais, parallèlement à cette volonté de proposer coûte que coûte le plus bas prix possible, sous prétexte de rendre service au consommateur (en lui permettant d’accéder à des prestations qui auparavant étaient hors de portée de sa bourse), ces entreprises « low cost » ont contribué à diminuer, numérairement (sur la fiche de paie) et donc aussi socialement, la valeur accordée au travail. Car, sous couvert à la fois de servir le client, et de s’adapter à la concurrence, ces entreprises ont peu à peu fait accepter l’idée (parfois sous la contrainte, et non sans fortes contestations) aux salariés – y compris et surtout à ceux dont le travail est à forte valeur ajoutée – qu’ils devaient accepter de voir leur travail de moins en moins rémunéré. Si, dans certains cas, la réduction des salaires pouvait être envisagée comme un retour à la norme (pour ne pas dire à la justice), dans d’autres, elle a fortement contribué à la paupérisation de larges franges de la population – dont certaines étaient fortement qualifiées – contribuant à amorcer, puis à accélérer le processus de diminution des classes moyennes.

L’entreprise « low cost » a donc été, d’une certaine manière, et d’autant plus qu’elle s’est diffusée dans la majorité des secteurs économiques, le vecteur puissant d’un modèle social faisant admettre, subrepticement et pernicieusement, l’idée que l’homme devait s’adapter, quel qu’en soit le coût, aux lois du marché. Ainsi, d’une certaine manière, l’entreprise « low cost » a été, du moins à ses débuts, et dans son mode de management, un contre-exemple de ce que devrait être une entreprise « responsable » (au sens de « répondant aux critères de la RSE »).

La méthode rigoureuse et redoutablement efficace avec laquelle ces compagnies low cost ont opéré pour casser des marchés et en capter d’énormes parts à leur profit, nous amène à nous poser deux questions.

Tout d’abord, si l’on admet l’idée que nous vivons actuellement dans un contexte de « guerre économique », ne peut-on pas imaginer que le modèle « low cost » fasse partie de l’arsenal d’armes permettant à des entreprises au service d’intérêts nationaux bien identifiés, de se lancer à la conquêtes de pans entiers de secteurs d’activités et d’économies ?

Et, d’autre part, est-il souhaitable de voir ce modèle se généraliser ? Car, le modèle « low cost » est-il pour l’Homme en général (qu’il soit consommateur ou salarié) un pas vers plus de liberté, ou bien, au contraire, un retour au servage ?

Cet article de Gilles Le Gendre, Joanna Moss et Raphaële Rabatel, publié dans Les Echos du 27 novembre 2015, en décrivant la manière dont le modèle « low cost » révolutionne le management, apporte des éléments de réponses à ces questions.

Les assureurs, des champions de taille engagés dans la transition énergétique

Alors qu’il y a encore dix ans, le « climato-scepticisme » était globalement l’attitude dominante dans les milieux politiques et d’affaires, cette posture est aujourd’hui largement, majoritairement et mondialement condamnée par l’ensemble des principaux acteurs représentatifs des sociétés : en effet, la classe politique, le monde de l’entreprise et la société civile convergent pour reconnaître que le climat est devenu un, sinon LE sujet majeur du XXIème siècle.

Car l’alternative est simple : soit l’humanité doit s’engager collectivement à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de façon à limiter le réchauffement planétaire à un maximum de 2°C d’ici 2100, soit – au cas où elle ne parviendrait pas à relever ce défi – elle doit se faire à l’idée qu’elle vivra dans une planète quasi « inhabitable » (du fait, entre autres, de la multiplication des événements climatiques extrêmes), voire qu’elle ne passera peut-être pas le cap du XXIIème siècle… affirmation qui fait froid dans le dos, mais qui n’est malheureusement, ni exagérée, ni sans fondement !

Ce constat, en même temps qu’il a donné aux messages des lanceurs d’alertes sur le climat une audience encore inimaginable au début des années 2000, a permis de dénoncer l’irresponsabilité, voire la dangerosité pour l’avenir de notre planète des « climato-sceptiques ».

Par conséquent, si l’urgence qu’il y a à changer de modèle énergétique, donc économique (puisque notre système économique actuel est entièrement fondé sur les énergies fossiles), est désormais indubitable, se pose la question de savoir comment cette transition d’une « économie carbonée » à un « système de développement durable » (basé sur les énergies renouvelables) va pouvoir se faire en un temps court.

Les grands penseurs et les spécialistes qui se sont penchés sur la question s’accordent à dire que, si l’impulsion de changer de modèle énergétique peut et doit sans doute provenir de décisions politiques, l’application de ces décisions ne peut se faire sans le concours des entreprises (qu’il s’agisse des grands groupes, ou bien des PME-PMI) et de la société civile. Car c’est à la fois en changeant les modèles économiques des entreprises et les processus d’organisation du travail que la transition énergétique « prendra racine » au cœur-même de notre développement économique, et en changeant consciemment nos modes de vie et de « consommation », que la notion de développement durable « prendra corps » dans nos vies quotidiennes.

Les assureurs, qui font clairement partie des représentants du monde de l’entreprise, ont également une position privilégiée vis-à-vis non seulement des autres sociétés, mais aussi de la société civile. En effet, ils fournissent, d’une part, par leurs investissements, « l’énergie financière vitale » permettant à de vastes projets de se développer : ils représentent donc un formidable levier permettant d’orienter dans une direction bien précise le développement des économies et des sociétés. D’autre part, dans la mesure où l’assurance fait partie du quotidien de l’écrasante majorité des citoyens, les assureurs peuvent, par le biais d’offres commerciales ou promotionnelles bien pensées, ou encore par la délivrance de services pertinents aux personnes (physiques ou morales) adoptant une attitude jugée « vertueuse », influer sur les comportements des citoyens, et donc contribuer à changer le visage de la société civile.

Compte tenu de leur position officielle actuelle, les assureurs apparaissent bien comme des champions de taille engagés dans la transition énergétique.

Quels moyens d’action les assureurs ont-ils pour contribuer favorablement à la réduction de la « dette entropique » (responsable du dérèglement climatique) ? Et surtout, comment les assureurs envisagent-ils d’agir, compte tenu des valeurs et des idées qu’ils défendent, par rapport à la question du climat ?

C’est à ces questions que répond cet article de Laura Fort, paru dans le numéro 207 de novembre 2015 de La Tribune de l’Assurance.

Joseph Schumpeter et l’économie numérique

Comment Joseph Schumpeter peut-il être lu et réinterprété dans le siècle de l’économie numérique ?

C’est à cette question que répond cet article, extrait d’une conférence de Philippe Aghion, professeur au Collège de France, de la chaire « Economie des institutions, de l’innovation et de la croissance », et publié dans « Le Monde Economie » du 2 octobre 2015.

Investir dans les entreprises pour une croissance durable

Un vent de reprise a soufflé ces derniers mois sur l’économie française européenne, dû non seulement à la politique de « Quantitative Easing » menée par la Banque Centrale, sous l’impulsion de son Président Mario Draghi, mais aussi par le fait que la confiance est revenue parmi les chefs d’entreprises et les acteurs économiques.

Seulement, pour que cet élan de reprise économique soit durable, il convient que les Etats européens aient, avec la Commission européenne, une véritable stratégie de développement et de croissance. Dans cette interview accordée aux Echos le 1er juin 2015, Jean Lemierre, Président de BNP Paribas, expose la solution qui, selon lui, devrait permettre à la zone économique européenne, et plus particulièrement à la France, de voir s’ouvrir à elle un avenir économique meilleur que celui suggéré par la crise des dernières années.

Selon Jean Lemierre, il faut, d’une part, non seulement profiter du redémarrage économique que nous vivons pour entreprendre des réformes structurelles profondes (sa position à ce sujet ne diffère pas tellement de celle de l’ensemble des classes politique et entreprenariale), mais aussi et surtout, d’autre part, créer les conditions réglementaires et financières pour réorienter l’épargne vers les entreprises, notamment pour financer l’innovation. Il est donc nécessaire pour Jean Lemierre, d’investir dans les entreprises pour une croissance durable.

Ainsi, dans un « appel du pied » aux assureurs, il appelle de ses voeux que l’assurance-vie, dont les rendements deviennent extrêmement faibles dès lors que les primes collectées sont investies dans les « obligations souveraines » et « l’immobilier », réoriente ses placements dans les « investissements productifs ».

A bon entendeur, salut !

Mourez où vous voulez ??

Mourez où vous voulez ?? est un article de François Ponsard, professeur à l’Ecole Supéreure d’Assurances.

Les errances des bancassureurs

Les errances des bancassureurs est un article de François Ponsard, professeur à l’Ecole Supéreure d’Assurances.

La France qui ose est souvent la France qui gagne

Le monde numérique favorise l’émergence d’une économie où les acteurs qui souhaiteront avoir leur mot à dire, voire jouer un rôle majeur, dans la nouvelle société devront être dotés de trois qualités, à savoir : la « capacité d’innovation », la « rapidité dans réalisation et la mise en œuvre des idées » et l’ « agilité ».

La « capacité d’innovation » est, dans la nouvelle économie qui est en train d’émerger et de se développer, la « vertu » première (en ordre aussi bien chronologique que d’importance) permettant d’être le concepteur, et donc l’initiateur d’une rupture sociétale ou technologique.

La France est un pays qui n’est pas, loin s’en faut, en reste en matière d’innovation. Cet article de Pierre-René Lemas (Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations), publié dans les Echos du 14 avril 2015, est un éloge à l’innovation qui rappelle, avec la force d’un slogan, que: « La France qui ose est souvent la France qui gagne ».

Comment les entreprises françaises peuvent-elles se développer dans l’économie numérique ?

Le passage des sociétés occidentales à l’économie numérique est, chacun le sait ou le pressent, bien plus qu’un effet de mode ; il s’agit d’un changement radical de paradigme ! Par conséquent, pour se développer dans ce nouvel environnement, les entreprises françaises doivent absolument : 1) bien comprendre la nature et la spécificité du monde digital qui émerge, 2) savoir où elles doivent concentrer leurs efforts stratégiques pour exister et se développer au sein de ce nouvel environnement, 3) avoir conscience des qualités et des ressources dont elles doivent se doter pour répondre aux exigences de ce nouveau paradigme économique.

La digitalisation est un phénomène favorisant l’émergence d’un monde dominé par les start-up, avec, en tête de proue, les fameux GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). Ces « entreprises du XXIème siècle » ont tout d’abord suscité l’intérêt, puis l’admiration et enfin la crainte, par leur capacité à proposer des outils technologiques et des services informatiques innovants, de plus en plus puissants et à des coûts de plus en plus faibles (quand ils ne sont pas tout simplement délivrés gratuitement).

Quelle stratégie les entreprises françaises (et européennes) doivent-elles adopter pour s’adapter à ce nouvel environnement, et surtout à ces nouvelles « règles du jeu » ? Et de quelles qualités et quelles ressources doivent-elles se doter pour répondre aux exigences de ce nouveau paradigme économique ? En résumé, comment les entreprises françaises peuvent-elles se développer dans l’économie numérique ?

C’est à ces questions que répond cet article d’Hubert Guillaud, intitulé « Les barbares attaquent : comment le numérique redistribue la puissance économique », et publié sur le blog des Echos le 19 avril 2014.

Le risque urbain au XXIème siècle

Comme tout changement d’époque majeur, l’entrée dans l’ère de la Troisième Révolution Industrielle est un saut dans l’inconnu. Si cette mutation de paradigme, favorisée par une triple évolution dans les secteurs que sont la communication (Internet), l’énergie (avec le développement de plus en plus important des énergies renouvelables) et la logistique (certains économistes, comme Jeremy Rifkin, conseillent actuellement les grandes organisations intergouvernementales pour qu’elles entraînent les Etats dans la voie de la construction d’un Internet de la logistique, rendu possible par le développement du Big Data), peut être envisagée comme une formidable source d’opportunités, elle n’est en même temps pas sans soumettre l’ensemble des civilisations du globe à un ensemble de défis.

Le premier qu’il faudra relever sera d’atténuer les disparités qui peuvent encore exister, en termes de développement économique et social, entre les pays installés dans une phase mature de développement, et les pays émergents ou nouvellement entrés dans une ère de relative prospérité matérielle.

Le deuxième risque qui menace l’humanité est celui de l’urbanisation, ou plutôt, pour reprendre les termes de l’auteur de l’article, celui de la « bidonvillisation » du monde. En effet, avec une population mondiale dont plus de la moitié est urbanisée aujourd’hui, et qui le sera, dans les années …, pour les trois quarts, le problème de l’expansion non maîtrisée des grandes agglomérations peut être une source de risque absolument majeur. C’est pour cette raison que l’on peut avancer que le risque urbain est susceptible d’être le risque majeur du XXIème siècle.

Comment peut-on définir le risque urbain ? En quoi le risque urbain peut-il être à l’origine de problèmes sanitaires majeurs au XXIème siècle ? C’est à ces deux questions que répond cet article de Benoît Georges, paru dans le numéro du 20 janvier 2015 des Echos.

Le côté obscur de la « fin du travail »

La transition vers l’économie numérique suscite actuellement l’enthousiasme d’un grand nombre d’acteurs politiques, mais aussi et surtout économiques. Les bienfaits de l’entrée dans l’ère de la Troisième Révolution Industrielle (rendue possible par le développement du réseau internet, puis par le développement de modèles mathématiques et informatiques en mesure de récolter, traiter et analyser les fameux « Big Data ») sont actuellement vantés par de grands penseurs, dont Jeremy Rifkin est sans doute l’un des plus brillants* : entrée dans une ère de l’abondance durable, développement de l’économie collaborative, démocratisation du savoir universitaire, accès gratuit ou quasi-gratuit à la plus grande partie des biens et services… telles sont les promesses dont est porteur le processus de transformation qui doit nous conduire vers la nouvelle société que nous décrit Jeremy Rifkin dans son dernier ouvrage, « La nouvelle société du coût marginal zéro ».

Jeremy Rifkin prédit également que le développement de la société issue de cette troisième phase de la Révolution Industrielle (caractérisée par la généralisation de l’automatisation et de la robotisation à grande échelle, rendue possible grâce aux progrès de l’Intelligence Artificielle) a de forte chance d’engendrer un phénomène qui, jusque-là, relevait plutôt de l’utopie : l’abolition du travail (« La fin du travail » est d’ailleurs le titre de l’un des ouvrages publiés par Rifkin).

Si « la fin du travail » peut, d’un certain côté, être envisagée comme une perspective heureuse pour l’humanité (car cette hypothèse laisse entrevoir la possibilité d’un accès gratuit et durable pour chaque être humain aux ressources nécessaires à la survie), elle n’est cependant pas sans poser un certain nombre d’interrogations… Cet article de Nouriel Roubini (Président de Roubini Global Economics et professeur d’économie à la Stern School of Business de l’université de New York), publié dans les Echos du 14 janvier 2015, laisse entrevoir et analyse le côté obscur de la « fin du travail »…

Les impacts négatifs des inégalités aux Etats-Unis

La biologie nous enseigne que la santé d’un corps vivant est indissociable de la santé de chacun des organes qui le compose : car, dans un organisme vivant sain, la partie existe pour le tout, et le tout, pour la partie. Partant de ce principe, des organes sains sont, d’une part, essentiels pour maintenir la bonne santé du corps, tandis que, d’autre part, et par un effet « boomerang », le bon état du corps (envisagé comme système) permet d’assurer l’équilibre et le bon fonctionnement de chaque organe.

Cela étant dit, comment peut-on dès lors comprendre, de façon globale, le mode de fonctionnement d’une société ? Tout simplement par analogie avec le fonctionnement d’un corps biologique. Ne parle-t-on pas en effet, dans le langage courant, de « corps social » ?

Dans le « corps social », tout comme dans le « corps biologique » :
- il est possible d’identifier de grandes fonctions vitales (rassemblées au sein de « castes » dans la société indienne traditionnelle) nécessaires à la vie de l’organisme social,
- chaque citoyen doit idéalement assumer une fonction et des tâches bien définies (par le biais de l’exercice d’un emploi) pour contribuer à la bonne santé du corps social,
- l’équilibre ou la bonne santé de l’ensemble (= la société) repose sur les échanges entre les parties (= les membres de la société, c’est-à-dire les citoyens) ; les flux économiques ont, dans une société, exactement le même rôle que le flux sanguin dans le corps humain, car ce sont eux qui apportent la vie et l’activité au pays,
- si les flux économiques se trouvent bloqués à un certain « endroit » du circuit des échanges (ce blocage amenant obligatoirement certains membres du corps social à se trouver en excès, et d’autres, en défaut de capitaux), alors un déséquilibre se produit au sein du système ; si ce blocage s’aggrave pour devenir un arrêt des échanges, cela peut alors entraîner la mort de l’économie du pays,
- si l’ensemble des citoyens se porte bien, alors le pays est vif, dynamique et en bonne santé ; tandis qu’en retour, la bonne santé du corps social profite à chacun de ses membres, car le premier peut fournir aux seconds des conditions favorables à leur épanouissement…

Les inégalités de revenus, telles qu’elles sont présentées dans cet article, peuvent être interprétées comme un blocage des flux financiers, dont les effets sont aussi néfastes que peuvent l’être ceux dus à une rétention du flux sanguin dans un organisme biologique : en effet, un corps dans lequel la circulation sanguine est ralentie finit indubitablement par tomber malade.

Quelles conséquences vont, selon Martin Wolf, avoir à terme les inégalités constatées et avérées aux Etats-Unis sur l’économie de ce pays ? C’est ce que l’éditorialiste du Financial Times nous propose de découvrir dans cet article, publié, dans sa version française, dans le numéro du 9 octobre 2014 du journal « Le Monde ».

Le point de vue d’Henri de Castries sur la situation économique de la France

L’actualité politique de la rentrée scolaire 2014 est pour le moins mouvementée : crise et scission au sein de la majorité, remaniement ministériel, contexte économique préoccupant… La période que traverse la France en ce moment est incontestablement une période de choix.

Or, c’est incontestablement un choix qu’a fait François Hollande en demandant à Manuel Valls de procéder à un remaniement gouvernemental. En effet le Président de la République a souhaité, à travers cet acte politique, faire passer un message : la France doit s’engager dans la voie « social-démocrate ». Et s’engager sur la voie de la « social-démocratie » signifie, pour l’Etat français, remettre l’entreprise au centre des préoccupations nationales, en développant ce que l’on a appelé ces derniers mois une « politique de l’offre ».

Quel regard les chefs d’entreprise portent-ils sur ce remaniement ? Et surtout quels messages souhaitent-ils faire passer à l’exécutif français pour optimiser les chances de redresser la situation économique de notre pays ?

Henri de Castries, Président Directeur Général d’AXA, dans un entretien accordé au Monde, livre son point de vue sur la situation de crise que traverse actuellement l’exécutif français. Selon lui, les mesures que doit sans attendre prendre le nouveau gouvernement doivent aller dans deux sens : augmenter la compétitivité des entreprises et réduire la dépense publique.

C’est cet entretien d’Henri de Castries, portant sur les deux thèmes que sont « la vie économique » et « l’emploi » en France, entretien paru dans Le Monde « Eco & Entreprise » du 27 août 2014, que nous vous proposons de découvrir ici.

Faire face et se préparer aux grandes mutations des métiers de l’assurance – Henri de Castries

Vous trouverez ici une transcription de l’intervention d’Henri de Castries au Congrès 2014 de la CSCA sur le thème : « Faire face et se préparer aux grandes mutations des métiers de l’assurance ».

L’allocution d’Henri de Castries a traité du changement du monde et des comportements, et de la façon dont les assureurs (qu’il s’agisse des compagnies d’assurances ou des intermédiaires) doivent se préparer aux grandes mutations qui nous attendent dans les prochaines années, voire dans les prochaines décennies, si tant est qu’il est aujourd’hui possible de se projeter à si « long » terme…

Le nouvel ordre mondial à l’heure de l’Asie

C’est aujourd’hui un fait avéré par tous, gouvernés et gouvernants, pays « occidentaux » et pays « orientaux », que le monde est entré dans une phase d’évolution et de transformation accélérées sans précédent dans l’histoire (du moins aussi loin que la mémoire humaine contemporaine peut remonter). La transformation du monde a cependant donné lieu à l’apparition de deux phénomènes contradictoires : une internationalisation des échanges et une tendance à l’uniformisation des modèles de sociétés (sous l’effet de la mondialisation), d’une part, et un renforcement ou une reconstitution de « blocs » d’influence revendiquant fortement leur identité culturelle, d’autre part.

En réalité, les deux phénomènes précités ne sont contradictoires qu’en apparence, si l’on se souvient que le processus de la mondialisation est apparu, puis s’est accéléré à partir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, suite à la victoire des « Alliés » sur l’Allemagne nazie, événement historique dont les grands gagnants ont été les Etats-Unis, nation qui s’est ensuite imposée comme la figure de proue du « Bloc occidental » lorsqu’a éclaté la Guerre Froide. En effet, la mondialisation n’a rien été d’autre que la tentative d’expansion progressive du modèle culturel, politique et économique américain (qui s’est historiquement inspiré du modèle européen, avant de l’influencer, notamment au cours de la période des « Trente Glorieuses ») dans l’ensemble des autres pays de la planète.

Dans ce contexte de mondialisation accélérée (et favorisé par lui), un autre phénomène d’ampleur considérable est apparu, à savoir l’accès de 500 millions d’Asiatiques au rang des classes moyennes. Ce bouleversement, qui va aller s’amplifiant, va avoir des conséquences dont on a encore du mal à évaluer la portée sur l’équilibre du monde.

Face à ces constats, les questions qui se posent alors sont les suivantes : la mondialisation va-t-elle se poursuivre ? Et, dans le cas d’une réponse affirmative, pourra-t-elle toujours se définir comme une expansion des modèles politiques, économiques et culturels occidentaux ? Ou bien se poursuivra-t-elle au contraire sous forme d’un « choc des civilisations » ? C’est à ces questions que répond l’article présenté ici.

Le Big Data : transformateur de nos économies et de nos vies

Depuis plusieurs mois, dans le secteur de l’assurance, le thème du « Big Data » fait l’objet de la publication de nombreux articles au sein de la presse professionnelle. Il s’agit en effet d’un enjeu majeur dans la stratégie de développement commercial des grands acteurs de l’assurance, en même temps que d’un tournant majeur, précurseur d’une troisième révolution de l’information.

Mais en quoi va consister exactement cette révolution ? Et quelles vont en être les conséquences, non seulement sur nos modes et nos méthodes de production, mais aussi et surtout dans notre vie quotidienne ? C’est à ces deux questions que répond cet article de Jean-Marc Vittori, publié dans Les Echos du 27 novembre 2013, article tentant d’anticiper (par le biais d’une analyse historique succincte, mais dense et très pertinente) les changements économiques et sociétaux qui vont être engendrés par le Big Data sur nos économies et sur nos vies.

La Chine, un colosse aux pieds d’argiles ?

Cet article est un interview de François Godement, Professeur des Universités à Sciences Po, et Fondateur d’Asia Centre. Dans cet interview, François Godement apporte des réponses à la question suivante, qui ne peut qu’intéresser, voire préoccuper tous les économistes du monde : « La Chine est-elle un colosse aux pieds d’argiles ? ». Cet article est paru dans Les Echos du mardi 27 août 2013.

La fin des certitudes économiques

Cet article est un portrait en filigrane d’Olivier Blanchard, « conseiller économique » du FMI, portarit brossé par Jean-Marc Vittori. Dans ce portrait, Jean-Marc Vittori décrit l’entrée dans une nouvelle ère, celle de l’écroulement des certitudes économiques, économie dont les modèles dogmatiques ont été fortement mis à mal ces dernières années. Cet article est paru dans Les Echos du mardi 25 juin 2013.

Le troisième pilier de la relance économique européenne

Tous les dirigeants européens sont en alerte depuis l’éclatement de la crise financière qui est arrivée sur notre continent à l’automne 2008, et dont les effets se font aujourd’hui sentir avec plus de force. En effet, la crise, en mettant brutalement en évidence le niveau d’endettement colossal, associé à une économie fragile, de certains pays de l’Union Européenne (qui se sont avérés être essentiellement les « pays du Sud » de l’Europe), a fini par entraîner une forte récession au sein de ces pays, phénomène qui n’a pas tardé à entraîner licenciements, chômage, appauvrissement de la population, tensions sociales, etc.Cette situation n’a pas tardé à entraîner en Europe un fort clivage entre « nordistes vertueux » et « sudistes prodigues », pour reprendre les mots de Roland Berger. Cette division politique et économique au sein de l’Europe menace tout naturellement l’existence de la monnaie unique européenne, l’euro.

Les principales questions que se posent actuellement les dirigeants européens sont les suivantes : Comment assainir les finances des états européens en réduisant leurs dettes ? Comment relancer l’économie européenne ? Comment retrouver la croissance ? Comment sauver l’Union Européenne en la protégeant de l’éclatement ?

Roland Berger, auteur de cet article paru dans La Tribune du 25 septembre 2012, propose ici une solution ingénieuse pour relancer la croissance au sein de la zone européenne (le troisième pilier de la relance économique européenne), et pour compléter la série de mesures qui ont été prises jusqu’à maintenant par les responsables européens.

Cet article est suivi d’une postface historique, visant à mettre en évidence que la proposition de Roland Berger peut ne pas avoir que des implications économiques, mais aussi des conséquences politiques. Une bibliographie et des extraits des ouvrages qui ont nourri l’analyse menée dans la postface sont proposés tout à la fin de l’article.

Plaidoyer pour la démocratie directe

François Saint-Cast, professeur d’économie à l’Ecole Supérieure d’Assurances (ESA) a publié, peu avant les élections présidentielles de cette année, un article dans lequel il prônait une idée originale, et sans doute pertinente au vu de l’évolution du monde actuel : la création d’une troisième Chambre, chargée de rendre le peuple français directement participatif dans le processus d’élaboration des lois et directement décideur dans les grandes orientations à donner à la politique nationale. Dans cet article paru le 10 février 2012 sur le site internet des Echos, François Saint-Cast se faisait le défenseur de la démocratie directe.

Compte-tenu du fait que, parmi la population des « sans-voix » (population bien souvent également dénommé à travers l’expression de « petit peuple », ainsi qualifiée par référence au statut socio-économique dans lequel elle se trouve enfermée), se comptent désormais un grand nombre d’individus hautement qualifiés et/ou faisant état d’un haut niveau de formation supérieure, peut-on dire que la proposition d’instaurer une Troisième Chambre n’est que pure démagogie ?

Si c’est à chacun de répondre, en son âme et conscience, à cette question, François Saint-Cast nous décrit ici, dans ce qui s’apparente à un plaidoyer pour la démocratie directe, quel pourrait être le mode de fonctionnement de cette Troisième Chambre, si celle-ci venait un jour à être créée, et inscrite dans le marbre de la Constitution.

L’aléa moral en économie

A l’origine, la notion d’ « aléa moral » s’appliquait plutôt en référence à des comportements individuels altérés suite à l’instauration d’une relation contractuelle entre deux ou plusieurs parties (altérations de comportements particulièrement observables dans les secteurs de l’assurance et de la banque). Mais, peu à peu, cette expression a fait son irruption dans le domaine de l’économie et de la finance, pour devenir récemment (lors de l’éclatement de la crise financière de 2006-2008), aux yeux de certains économistes, l’un des concepts-clés permettant de décrire l’une des principales causes ayant provoqué la crise économique mondiale que nous traversons actuellement.

Jacques de Larosière, ancien Directeur du Fonds Monétaire International (FMI), de 1978 à 1987, ancien Gouverneur de la Banque de France, de 1987 à 1993, et auteur de cet article, fait partie de ces éminents économistes qui considèrent que la généralisation de l’ « aléa moral » dans les domaines de l’économie et de la finance a été à l’origine de l’éclatement de la crise économique et financière mondiale que nous traversons actuellement.

Dans cet article dense et synthétique, Jacques de Larosière expose les raisons qui le poussent à affirmer que l’extension de la notion d’ « aléa moral » au secteur de l’économie est l’une des causes principales de la crise financière mondiale que nous traversons.

Evolution économique de la Chine

Comment la Chine va-t-elle évoluer économiquement ces prochaines années, et quelle sera sa place dans le concert des nations à l’issue de la « redistribution des cartes » qu’est actuellement en train d’opérer la crise économique mondiale que nous traversons ? C’est à cette question que tente de répondre cet article de Charles-Edouard Bouée (Membre du Comité Exécutif Groupe et Directeur Asie des Services Financiers au sein du cabinet de conseil Roland Berger Strategy Consultants), article paru dans le numéro daté du 8 décembre 2011 dans la revue Challenge et tentant d’anticiper l’évolution économique de la Chine.

Dans sa tentative d’anticiper l’évolution économique de la Chine ces prochaines années, Charles-Edouard Bouée met ici en évidence le fait que ce pays se trouve actuellement à un tournant de son histoire, qui pourrait la conduire à se retrouver dans la situation qui était la sienne avant 1820 (date que l’on considère habituellement comme celle de son déclin), à savoir celle d’une grande puissance repliée sur soi et fermée à l’influence des étrangers. Ce repli sur soi pourrait être économiquement envisageable du fait que la Chine, après avoir, pendant trois décennies (« unité de temps sur laquelle raisonnent ses dirigeants », comme l’écrit Charles-Edouard Bouée), misé sur la production destinée à l’exportation pour assurer son développement économique, en même temps que pour accroître son importance dans les échanges économiques internationaux, semblerait décidée à donner la priorité au développement de son marché intérieur ; c’est en tout cas, comme le rappelle ici Charles-Edouard Bouée, l’un des objectifs du XIIème plan quinquennal.

Quelle va donc être l’évolution économique de la Chine au cours de ces prochaines décennies ? Va-t-on, dans les années qui viennent, assister à un retour de la Chine à l’attitude qui était la sienne avant les guerres de l’opium ? Ecoutons la réponse à ces questions que nous livre ici Charles-Edouard Bouée, fin connaisseur, en tant que Directeur Asie des Services Financiers au sein du cabinet de conseil Roland Berger Strategy Consultants, de la Chine et du marché chinois…

D’une économie spéculative à une économie productive

Dans cet article paru dans le numéro du magazine Challenge daté du 16 au 22 décembre 2011, Abderrahmane Mebtoul livre une analyse succincte, mais très profonde, des causes qui nous ont amené à vivre la terrible crise économique que nous traversons. Il étaye la thèse qu’il soutient en citant, de façon très précise, des chiffres extraits d’études officielle, pour en tirer des observations aussi intéressantes qu’alarmantes.

Pour Abderrahmane Mebtoul (comme pour bon nombre d’autres économistes), la cause de la crise économique mondiale que nous vivons, en même temps que le drame des sociétés occidentales, provient du fait que la « spéculation » a été mis au centre du fonctionnement du système économique, et au détriment de la « production », qui est pourtant le moteur de l’économie dite « réelle ». Il y a donc urgence à (re)passer d’une économie spéculative à une économie productive… Car ce n’est que dans ce retour d’une économie spéculative vers une économie productive, que l’économie pourra redevenir au service de l’homme, et non l’homme, au service de l’économie…

Le déclin de la France

Selon l’historien économiste Nicolas Baverez, interviewé dans cet article, paru dans le numéro de janvier 2012 du journal L’Expansion, le déclin de la France est surtout et avant tout économique (du fait que la France a perdu sa compétitivité, surtout depuis l’apparition sur le marché mondial des pays émergents), mais aussi politique.

Ce déclin de la France ne doit cependant pas faire oublier le fait que le pays possède de forts atouts pour pouvoir se reconstruire et se réengager dans un processus de développement et de croissance, atouts dont Nicolas Baverez dresse la liste dans cette interview.

Mais une idée maîtresse émerge de cet article qui dresse un portrait lucide sur le long et fort déclin de la France : la France ne pourra être redressée et espérer conserver une place parmi les nations dirigeantes que si une meilleure politique d’intégration entre les pays membres de l’Union Européenne est menée à Bruxelles, et si, à très court terme, la monnaie unique parvient à être sauvée.

Du principe de précaution au principe de résilience dans la gestion des risques

Le principe de précaution est, juridiquement, une notion qui est étroitement liée au concept de développement durable.Mais comment définir exactement le principe de précaution ? Le principe de précaution pourrait se définir comme une attitude visant à mettre en place, face à une activité humaine présentant un ou plusieurs risques hypothétiques, une série de mesures visant à prévenir et à anticiper la réalisation de ces risques, quand bien même l’état des connaissances scientifiques du moment ne permettrait pas d’affirmer avec certitude que ce ou ces risques peuvent effectivement se réaliser.

Le principe de précaution, théoriquement adopté au niveau international, implique donc, de la part des Etats, une attitude préventive, l’objectif étant d’empêcher à tout prix que les risques avérés et/ou suspectés (et craints !) ne se réalisent. En revanche, le principe de précaution interdit implicitement, en quelque sorte, d’envisager d’emblée une situation où le risque avéré, suspecté et craint ne se soit totalement réalisé.Or, c’est cette attitude de refus de prendre en compte la possibilité de réalisation totale d’un « scénario-catastrophe » que Nicolas Baverez dénonce dans cet article, paru dans Le Point du 22 mars 2011.Selon Nicolas Baverez, la leçon que les dirigeants opérant au niveau national et international doivent tirer de la triple tragédie qui a frappé le Japon le 11 mars 2011 est qu’il faut substituer le principe de précaution par le principe de résilience.

Qu’impliquerait donc, au niveau économique et politique, et à l’échelle à la fois nationale et internationale, le fait de substituer le principe de précaution par le principe de résilience dans la gestion des risques ? C’est à cette question que cet article de Nicolas Baverez apporte quelques éléments de réponse.

A la recherche d’une voie occidentale à l’ère de la mondialisation

Dans cette interview dense et profonde accordée au Nouvel Observateur le 7 décembre 2010, Pierre Manent met en exergue les difficultés et les paralysies auxquelles se trouvent confrontées la France, et, plus généralement, l’Europe face au processus de la mondialisation. Pourquoi tant de pays, surtout en Europe, se trouvent-ils dans une impasse, et sont-ils incapables de trouver et d’apporter des solutions pertinentes aux nouveaux défis politiques, économiques et culturels qui se posent aujourd’hui à l’humanité, entrée dans une phase inédite de son histoire ?

Selon Pierre Manent, cette impuissance des dirigeants et des instances politiques à apporter des remèdes efficaces aux difficultés qui nous assaillent provient essentiellement, non seulement du fait qu’ils ont parfois des difficultés à reconnaître que nous vivons une période de notre histoire sans précédent, mais aussi et surtout, lorsqu’ils le reconnaissent, du fait qu’instances et dirigeants sont incapables d’apporter des solutions véritablement innovantes aux problématiques radicalement nouvelles qui se posent à eux.

Comment donc se mettre à le recherche d’une voie occidentale à l’ère de la mondialisation et trouver les idées nouvelles dont l’application donnerait la possibilité à la fois aux populations, aux dirigeants et aux instances détentrices du pouvoir d’apporter les réponses justes aux problématiques inédites et difficiles auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés au niveau mondial ? Nous tenterons d’apporter une réponse à cette question, dans le prolongement de l’interview de Pierre Manent présentée ici, au sein d’une postface philosophique à cet article qui fera appel à la philosophie d’Henri Bergson.